de le déplacer.
Pour amener de l'eau à mon moulin, voici une interview de Frederick Krivine ( scénariste de PJ notamment) qui je trouve est très juste :
Ecran Total : On reproche souvent à la fiction française de ne pas être assez créative. Comment l'expliquez-vous ?
Frédérick Krivine : On oublie d'abord trop souvent que la production indépendante en France est extrêmement jeune. C'est bien joli de rêver des séries américaines mais aux Etats-Unis, le marché est vingt fois plus gros et cela fait 60 ans que des producteurs indépendants pensent la fiction, ses modes de récit et son industrialisation. Deuxièmement, faute de volonté politique, la fiction est gravement sous-financée et toute la filière, diffuseurs, producteurs et créateurs tire la langue. Les chaînes , par exemple, à part TF1, sont quasiment forcées de diffuser tout ce qui est tourné par manque de stock. Autre élément essentiel, le manque de concurrence frontale, fiction contre fiction, qui pousserait les chaînes à chercher, pour surprendre et séduire le public, d'autres manières de raconter des histoires...
Ecran Total : Le lundi TF1 et France 2, le mercredi France 2 et M6, sont en concurrence frontale.
Frédérick Krivine : France 2 et M6, ce n'est pas de la concurrence, les publics visés sont trop différents. Le lundi, il y a bien concurrence, mais pas sur des séries, qui sont décisives pour ce qui est du discours télévisuel. Dernier problème : les parts d'audience qu'estiment devoir atteindre les chaînes françaises sont trop élevées pour une véritable audace créative : 40% pour TF1, 25% pour France 2 et 20% pour France 3. C'est une situation invraisemblable pour un pays riche. Aux Etats-Unis, ou en Allemagne, les chaînes rêvent de 17 ou 18% !
Ecran Total : D'où pourrait venir alors l'étincelle créative ?
Frédérick Krivine : Pas des diffuseurs, qui font des audiences extraordinaires en diffusant et même rediffusant des programmes consensuels et peu exportables, et qui n'ont pas, à priori, de raisons de remettre en question le système. Car innover, c'est aussi, forcément, angoisser.
Ecran Total : Mais enfin ce sont quand même les chaînes qui, au final, décident ou non d'innover !
Frédérick Krivine : En effet, et là il faut distinguer le public et le privé. L'objectif de TF1, par exemple, est de donner du plaisir à son public et à ses actionnaires, point à la ligne.
En revanche, le citoyen est en droit d'attendre des chaînes publiques - en plus du plaisir - un soutien réel à la création et à l'innovation. Mais pour cela, elles doivent aider à imaginer de nouvelles formes de récit.
Ecran Total : Vous estimez donc qu'elles ne le font pas ?
Frédérick Krivine : Pas suffisamment. Nous pouvons comprendre qu' en prime time, il soit difficile de proposer des formes originales de narration car à 20 heures 50, si on veut faire un minimum d'audience, le public doit pouvoir s'identifier très rapidement aux personnages et le déroulement du récit ne peut pas être déroutant. Mais c'est pour cela qu'il est indispensable d'ouvrir des cases de fiction en seconde partie de soirée et de chercher d'autres formats, à d'autres horaires. La liberté créative y serait beaucoup plus grande. Les budgets y seront évidemment moins élevés, mais je suis s?r que les scénaristes, les auteurs et les producteurs sont prêts à relever le défi. Ils sont même impatients !
Ecran Total : Pourquoi les scénaristes qui ne sont pas si nombreux n'ont pas réussi à se regrouper autour d'une seule organisation représentative ?
Frédérick Krivine : Ce serait évidemment l'idéal, mais nous n'en sommes pas là . Il existe aujourd'hui un syndicat, l'UGS, et un groupe de pression, le Club des Auteurs. Il est effectivement dommage de disperser nos efforts. Il faut au minimum que nous identifions les points communs dans nos revendications.
Ecran Total : ...Qui sont ?
Frédérick Krivine : En dehors des points déjà évoqués, l'UGS se bat pour obtenir des pouvoirs publics un véritable statut du scénariste ; nous allons aussi lutter très fortement, de plus en plus fortement, contre les pratiques indignes de certains producteurs, particulièrement vis-à -vis des jeunes et des débutants. On ne peut pas accepter que des producteurs qui ont des conventions d'écriture avec des chaînes fassent faire du développement par des jeunes auteurs qu'elles sous-payent - ou même ne payent pas du tout. Toute la filière télévision doit rejeter ces pratiques de sauvages, qui commencent à se répandre, surtout sur les formats courts !
Ecran Total : Quelle est votre position vis-à -vis de la possibilité d'ouvrir une seconde coupure publicitaire dans les fictions TV et même une première coupure dans les fictions des chaînes publiques ?
Frédérick Krivine : Personnellement, et donc sans engager sur ce point l'UGS, je préfère imaginer une fiction originale et dérangeante, coupée par la publicité, que d'avoir l'impression qu'on me raconte un peu toujours les mêmes histoires de la même façon - sans coupure publicitaire ! Mais la publicité n'est quand même pas le seul moyen de régler le sous-financement chronique de la fiction française.Il faudrait cette volonté politique, qui, pour l'instant, fait défaut. Tant que les politiques ne comprendront pas qu'une part énorme du public bâtit des pans entiers de sa représentation de la société au travers des fictions et non du journal TV, rien ne bougera vraiment.











