"Peine de mort l'après midi
La peine de mort est abolie en France depuis 1981.régulièrement nos ambassadeurs protestent à l'annonce d'une exécution dans une ville obscure des Etats-Unis. Pourtant, on en fait encore l'apologie sur nos écrans. Et ça passe inaperçu. Il n'y a qu'à regarder de temps en temps la série New York: police judiciaire diffusée tous les jours à 16h30 sur TF1. La formule est simple. Deux policiers arrêtent un criminel. Deux procureurs poursuivent l'affaire. Ils négocient les peines avec les avocats. 25 ans incompressibles. Non, 15 en sécurité minimum. D'accord, si le criminel dénonce ses complices. Vendu. On se croirait aux puces. Mais là où il n'y a pas de négociation possible c'est lorsque le procureur peut obtenir la peine capitale. Tous les coups sont alors permis. Afin d'obtenir l'extradition d'une tueuse à répétition réfugiée au Canada, le flamboyant procureur Mac Coy promet de ne pas requérir la peine de mort contre elle. Lors du procès, il n'hésite pas à trahir sa parole, et celle de son gouvernement, et obtient sa tête. Le procureur en chef se demande comment les Canadiens vont réagir. "Ils n'ont qu'à essayer de nous envahir", répond Mac Coy. Tout le monde sourit. Exécuter un être humain semble être un acte anodin. C'est comme ça tous les après-midi, à la sortie des classes."      Jean-Valéry Héquette
Interieurement, je ne tenais plus en place et j'ai écrit au journaliste.
Ci après copie du courrier
Bonjour Monsieur
Je viens de lire avec attention votre critique sur la série New York Police judiciaire parue il y a quelques jours dans Ouest France.
J'avoue avoir été surpris à la lecture de ce papier. Visiblement votre critique de cette série s'est limitée à l'épisode de la 9ème saison : True North (pour une vie meilleure) et vous sembliez partir avec un a priori à la fois sur les séries américaines et le système judiciaire.
Une petite recherche sur internet vous aurait permis de découvrir que New York Police Judiciaire (Law and Order) existe depuis 15 ans aux USA et qu'il s'agit désormais de la série télévisuelle la plus ancienne aux USA. Toutefois quantité ne rime pas avec qualité. Une autre petite recherche sur internet vous aurait alors permis de découvrir que Law & Order a été nominée plus de 30 fois aux Emmy Awards (équivalent des 7 d'or américains) mais également 8 fois aux Edgar Allan Poe(association pour la promotion du film policier), 3 fois par Viewers of Quality television (association pour une télévision de qualité). Je passe les nominations au Golden Globes (3), ....
Alors qu'en est-il de cette série réellement. Oui les épisodes de la saison 9 et suivant ne sont pas du niveau de 6 premières saisons mais non, vous ne pouvez dire qu'elle fait l'apollogie de la peine de mort. Pourquoi : regardez l'épisode Aftershock (dernier épisode de la saison 6) vous vous rendrez compte que rien n'est aussi simple que ce que peut laisser penser votre papier. L&O colle à la legislation américaine. Au début de la série (1991) la peine de mort était interdite dans l'Etat de New York. Les procureurs de l'Etat ne pouvaient la réclamer. Depuis la législation a changé pour des raisons qui appartiennent aux électeurs de cet Etat. Il est donc logique que le ministère public (le Procureur est élu dans les Etats mais vous devez surement le savoir) use de cette peine. Vous pouvez critiquer la peine de mort et combattre son inhumanité mais la série elle ne fait que réfleter son époque. Les propos tenus dans la série ne sont pas aussi simplistes que vous l'avez présenté. Pourquoi ? Parce que vous avez au cours des saisons des personnages différents : Jamie Ross et Claire Kincaid (assitantes du procureur) sont anti peine de mort, puis Abby Carmichael plutot pro mais qui cette fois se retrouve face à Mc Coy tiraillé entre la pression populaire et ses convictions. Et alors me direz-vous il déclare "Ils n'ont qu'à essayer de nous envahir" en parlant des canadiens furieux de cette entourloupe. Cette remarque est un trait d'humour des américains qui se moquent régulièrement du coté pacifique des canadiens comme les Français des Belges. C'est également une autodérision de la position dominante américaine. Enfin, concernant le plaider coupable. Il faut savoir qu'un accusé a droit dès la première heure à un avocat s'il en fait la demande et que cet avocat peut refuser les accords proposé par le bureau du procureur. Dans ce cas, l'accusé sera jugé par un jury. La sentence pourra être cassée par le juge s'il estime contraire à la Constitution et à la demande de l'avocat elle pourra être portée en appel devant la Cour Supreme de l'Etat puis la Cour supreme Fédéral. En France il a fallu attendre les années 90 pour pouvoir faire appel d'une décision prise en Cour d'assise. Il n'existait qu'un recours : la Cour de Cassation.
Et oui, L&O n'est décidément pas aussi simple que ça. D'ailleurs aux USA, elle est diffusée à 22h00 sur NBC.
Si vous vouliez critiquer des séries démago il fallait vous attaquer aux Experts ou à 7 à la maison qui regorgent de bons sentiments "travail famille patrie" ou réactionnaires mais surtout pas à L&O. Visiblement vous vous êtes trompé de cible. L&O abordait en 1991 le problème du suicide assisté dans la communauté gay pour stopper les souffrances suite au Sida, les balles perdues qui déchirent les familles, la non scolarisation des enfants new yorkais qui pousse à la violence, les erreurs médicales, les attitudes scandaleuses des avocats à la recherche des class actions, .... Que des sujets consensuels régulièrement abordés dans Julie Lescaut ou Lea Parker.
Qu'est-ce que j'attends de ce mail ? A vrai dire pas grand chose. L'article que vous avez rédigé ressemble visiblement à un papier d'humeur mais pour quel résultat... Vous avez conforté les gens dans leur opinion que les américains sont tous derrière Bush et que les séries américaines ne seront jamais aussi sofistiquées que le cinéma. Un minimum de recherche vous aurait fait découvrir que L&O c'est plus qu'un épisode mal doublé. Qu'elle est avec A la maison blanche (The West Wing avec Martin Sheen) une des séries les plus complexes de la télévision américaine grand public.
Qu'est ce que je vous souhaite ? Qu'un de vos amis vous offre les 2 premières saisons de cette série en DVD (la 3ème sortira en mai) et que vous les regardiez en VO. Cela vous demandera du courage de passer outre vos préjugés mais vous devirez y parvenir
Cordialement
Rodolphe
A ma grande surprise (vu le ton très sarcastique employé), Jean Valéry a répondu et il nous autorise à publier sa réponse (Merci
)Jean Valéry Héquette a écrit:Bonjour monsieur,
Quelques mots pour répondre à  votre courriel au sujet de mon papier sur la série N-Y Police judiciaire. Par où commencer ? D’abord, vous dire à  quel point votre réaction me fait plaisir. Si ce n’est que vous me prenez pour un béotien fini, je crois que nous sommes d’accord sur plein de choses. En fait, je partage beaucoup de vos observations.
Vous me prêtez des a priori et quelques préjugés. J’ai souri lorsque vous parlez des relations entre USA et Canada. Vous ne pouviez pas savoir que je suis né au Québec et que j’y ai vécu les 30 premières années de ma vie. Je sais bien ce que pensent les Américains des Canadiens et vice versa. C’est vous dire aussi si je connais bien la télévision américaine. CBS, NBC et ABC m’étaient aussi familiers que la télé québécoise. Ne croyez donc pas que je participe à un anti-américanisme primaire bien français. Depuis que je vis en France (11 ans déjà ), je n’ai de cesse de dire autour de moi que la plupart des séries américaines valent 10 fois celles produites en France. Qu’il n’y a pas que des filles courant sur la plage en maillot rouge moulé. La société américaine y est décortiquée, critiquée, souvent mise à mal : Urgence (ER) dénonce sans arrêt le déplorable État de la couverture médicale et que dire en effet de The West Wing, qui brocarde les politiciens, dénonce l’obscurantisme anti gay ou les inégalités envers diverses minorités, alors que la télé française est trop timide pour aborder ces sujets de front. Tous mes amis pensent que je suis un suppôt des USA infiltré en France. Entre NYPD Blue et le fade Julie Lescaut, il n’y a pas photo. Comprenez que vos soupçons m’ont fait sourire.
Mais revenons à votre courriel (mail en québécois). Vous me tancez sur ma rigueur journalistique. Vous me reprochez de ne pas être aller sur Internet. Le but de la chronique, vous l’avez compris, n’est pas de raconter l’histoire de la série. Il s’agit bien d’un papier d’humeur. Et la, je crois ne pas être passé à côté du sujet. J’ai regardé plusieurs épisodes. C’est vrai que je me suis interrogé longuement sur l’étonnante ambiguïté de la série. Réac ou pas ? Merci d’éclairer ma lanterne. Ce qui n’enlève rien à ma sortie contre la peine de mort. Je n’ai pas comme vous regardé toutes les saisons. Je ne vois que ce qui passe sur TF1, comme tous les autres téléspectateurs français. Et ce que je vois est souvent à la limite du tolérable. L’épisode où ils s’acharnent à faire condamner un malade mental était à vomir. Certes, vous me direz qu’ils finissent par se rendre compte qu’il est innocent. Mais s’il avait été coupable, il aurait fini par griller sur la chaise électrique (ou par seringue peu importe). Par contre, je me suis beaucoup amusé en voyant l’épisode de politique-fiction sur un ancien tortionnaire chilien accusé du meurtre d’un Américain lors de la chute d’Allende le 11 septembre 1973. Il était question du rôle de la CIA dans la prise du pouvoir par la junte militaire. Jamais en France la compromission du gouvernement dans des coups d’Etat dans des Républiques africaines ou la torture (guerre d’Algérie) n’aurait été abordée. Mais que dire de la fin de l’épisode ? On ne connaît pas la décision de la cour suprême. Peur de choquer les téléspectateurs ou volonté de les laisser penser par eux-mêmes ? Je pencherais pour la première hypothèse. Quant à l’autodérision de la position dominante américaine, je ne suis pas sûr que quelqu’un de moins éclairé que vous, un lycéen par exemple, ait tout le bagage pour saisir le second degré.
Pour terminer, je suis bien d’accord avec votre analyse de la place de l’avocat dans le système judiciaire. Je ne suis pas convaincu de la justesse du «plaider coupable», qui fait fi de l’importance des audiences publiques si utile à l’édification des citoyens (sic) mais il est invraisemblable qu’en France les avocats soient si peu présents lors des interrogatoires. D’ailleurs, ne le répétez à personne, je planche sur une prochaine chronique télé où il sera question de cela. Je montrerai, vous en serez content, qu’il vaut quand même mieux être Américain que Français lorsqu’on a à faire à la justice.
Cordialement
Jean-Valéry Héquette
PS. Je vous envoie en copie une chronique que j’ai publié le jour de l’élection présidentielle américaine intitulée Le docteur Quinn vote Kerry qui j’espère vous fera sourire et vous montrera que je ne pense pas que tous les Américains sont de gros réacs.
Télévision
Le Dr Quinn vote Kerry
Si le docteur Quinn (notre photo) n’était pas un personnage de série télévisée, nul doute qu’elle voterait Kerry à l’élection américaine de demain. Et le méchant Hank, pour Bush. Après des années de diffusion, M6 a diffusé la dernière aventure de cette femme médecin plongée en plein far-west. Michaela Quinn, incarnée par Jane Seymour, c’est la progressiste. Contre la peine de mort, pour l’accès aux soins à  tous, porte-drapeau des minorités. Hank, le tenancier du saloon mal famé, est le conservateur. Individualiste bon teint, il incarne le capitaliste sans scrupule. Quelques Indiens «renégats» font du grabuge en ville ? Michaela, diplomate, prône le dialogue avec les chefs indiens. Hank pousse l’armée à  occuper la réserve (à  la recherche de tomahawks de destruction massive ?) Des Chinois arrivent en masse. Le docteur Quinn découvre l’acuponcture. Hank y voit un risque pour la civilisation yankee et brûle leurs chariots. Et quand un poète homosexuel vient lire ses oeuvres, Michaela l’accueille. Hank refuse de lui servir à  boire. Les personnages secondaires forment l’opinion publique versatile. Pro-Hank au début, ils finissent par se laisser convaincre par la douce et têtue Michaela. Comme si l’Amérique voulait se donner une belle image sur les petits écrans du monde entier. Et dans les urnes aussi ?





 







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