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20 Juin 2018


Retour sur l'adieu à Hollywood
Publié dans Les Echos le 28/04/05.


Jean-René Fourtou estimait qu'il était compliqué et risqué de gérer de Paris une société basée à Hollywood. Il s'est donc mis en quête d'un acheteur pour Vivendi Universal Entertainment.

« Dès que j'ai refermé le dossier SFR, il a fallu s'attaquer aux actifs américains, en particulier à Vivendi Universal Entertainment (VUE). Je n'avais pas eu le temps d'aller aux Etats-Unis jusqu'alors et je ne connaissais rien au cinéma et à la télévision », confie Jean-René Fourtou. Les choses commencent mal. « En novembre 2002, alors que nous faisions un «road show» outre-Atlantique, on apprend que la société de Barry Diller [NDLR : USA Interactive, actuelle InterActive Corp] a déposé une plainte contre notre groupe », se souvient le patron de Vivendi. Actionnaire minoritaire de VUE, « Killer Diller » a signé un contrat si complexe avec Jean-Marie Messier, au moment de lui vendre les télévisions américaines, qu'il s'estime en droit de réclamer à Vivendi - pour des raisons fiscales - 630 millions de dollars. En outre, il demande le remboursement des 1,6 milliard de crédit qu'il avait consentis. Son intention, à peine voilée, est de profiter des déboires du groupe français pour s'emparer de ses activités américaines.

Rapports ambigus

« J'ai très vite compris que la seule manière de neutraliser Barry Diller était de fermer les yeux sur ses prétentions et de lui confier la présidence de l'intégralité des activités américaines, raconte Fourtou. Je n'avais pas le choix. On tombe d'accord tous les deux pour que cela ne soit que transitoire. Ni Doug Morris, président d'Universal Music, ni Ron Meyer, le numéro deux de VUE, n'avaient l'autorité suffisante pour gérer tous nos actifs américains. » Les rapports avec Barry Diller sont ambigus. « En tête-à-tête, il est charmant et joue le jeu. Par derrière, il fait régner une ambiance difficile à vivre, persuadé qu'il est de devenir le propriétaire de VUE. » C'est Jean-Bernard Levy, le numéro deux de Vivendi, qui est chargé de la reprise en main. Rien qu'en 2003, il fera quelque 24 allers-retours aux Etats-Unis. « Début 2003, on fait comprendre à Barry Diller qu'il doit partir. Ce qu'il fait le 1er avril », résume Levy. L'analyse stratégique est simple : « Universal Music est invendable, la musique traverse une période de crise et l'on pressent que les autorités antitrust s'opposeront à tout rapprochement avec une autre major. Quant à VUE, on a en tête qu'aucun étranger n'a réussi à percer à Hollywood, poursuit-il. On ne peut pas gérer cet ensemble depuis Paris, c'est trop lointain et trop risqué. »

« Dans Vivendi Universal Entertainment, l'actif le plus important ce sont les télévisions avec USA Network et Sci-Fi Channel ainsi que la production de séries cultes comme «Law and Order» dont la valeur, à elle seule, est estimée à 1 milliard de dollars. Mais je comprends vite qu'on est en risque sur les télés car on est à la merci des puissants opérateurs du câble et du satellite qui peuvent arrêter du jour au lendemain la diffusion des chaînes. J'ai réfléchi à plusieurs solutions. La première, découper VUE pour ne vendre que les télévisions. Mais cela entraînait des charges fiscales énormes. La deuxième, conserver l'ensemble et le mettre en Bourse, quitte à rajouter d'autres actifs de télévision. J'en ai parlé avec John Malone, patron de Liberty Media. Il était intéressé, mais ensuite le câblo-opérateur Comcast le force à racheter QVC pour 7 milliards de dollars. Il n'a donc plus les moyens. J'abandonne vite l'idée de la mise en Bourse, d'autant que les marchés ne sont pas bons. La troisième solution est de trouver un acheteur », poursuit Jean-René Fourtou. Pour cela, il faut embellir la mariée. « Notre première action a été, en avril 2003, de travailler sur le budget prévisionnel de VUE et d'obtenir un résultat brut d'exploitation de 1 milliard. Les dirigeants de VUE n'avaient pas intérêt à un budget élevé. Nous oui, car on voulait mieux valoriser VUE », explique Robert de Metz, directeur général adjoint chargé des cessions-fusions et acquisitions.

Les négociations démarrent. La première proposition vient de Marvin Davis. « Il a été reçu mais on savait tout de suite que son offre était farfelue. Il avait quatre-vingt-trois ans et était très malade. Et il n'avait même pas réuni le financement de 10 milliards de dollars », explique Jacques Espinasse, directeur général adjoint en charge des finances. Mais son offre a servi de locomotive pour les acheteurs sérieux, les géants MGM, Viacom, Comcast, Liberty Media et NBC. « C'était le deal qui mobilisait tout Hollywood. Les deux grands journaux «The Reporter» et «Variety» publiaient des articles tous les jours », se souvient Levy. Les candidats proposent tous peu ou prou 13 milliards de dollars. Cependant, Claude Bébéar et Jean-René Fourtou estiment que VUE en vaut 14. Le patron de Vivendi brouille les pistes à plaisir pour faire monter les enchères. Il rencontre Kirk Kerkorian, le patron de MGM. Mais ce dernier veut reprendre VUE pour mieux vendre son propre groupe. Puis il contacte Brian Roberts, le patron de Comcast. Mais celui-ci est en train de finaliser l'acquisition d'ATT Broadband et ne peut donc pas acheter VUE. « Dans mon mauvais anglais, je le supplie de rester dans la course », se souvient Fourtou. Le courant passe bien avec Sumner Redstone, le patron de Viacom, qu'il rencontre dans sa villa. Jean-René Fourtou cultive enfin de bons rapports avec Edgar Bronfman, qui monte une solution de reprise pour VUE après le rejet de sa première offre incluant Universal Music. Le PDG de Vivendi menace même de mettre aux enchères la série TV « Law and Order », programme phare de la chaîne NBC, pour faire sortir du bois General Electric, sa maison mère. « Dès le départ, je préférais un rapprochement avec NBC. C'était la solution industrielle la plus solide pour la télévision », explique-t-il. Mais chez GE, les décisions sont longues à prendre. « C'est un ancien banquier de Lehman Brothers, Alan Mmuchin, qui est allé voir NBC et qui a facilité le dialogue », explique Robert de Metz.

La fin d'un rêve

Le 26 août 2003, le conseil de Vivendi sélectionne les deux projets de NBC et de Bronfman. « Le consortium Bronfman, Cablevision et Thomas H. Lee était un peu mieux-disant financier. C'était un dossier très malin, bien ficelé, mais l'effet de levier de l'endettement était trop risqué », analyse Robert de Metz. « Dans la dernière ligne droite, chez nos avocats new-yorkais, il y avait Jeffrey Immelt, patron de General Electric, Bob Wright, patron de NBC, et leur armée d'avocats à un étage, tandis que Bronfman, Thomas H. Lee et Cablevision étaient à l'étage du dessous. Il fallait que je maintienne la pression sur les deux camps, sinon les négociateurs de GE, qui étaient redoutables, nous auraient laminés. Grâce à l'offre de Bronfman, la dernière semaine, on a réussi à arracher 1 milliard de dollars de plus à GE », renchérit Fourtou.

La vente est finalement conclue. VUE est valorisé 14 milliards de dollars. NBC détient 80 % du nouvel ensemble NBC Universal, Vivendi conserve le solde. Ce dernier a reçu 3,4 milliards de dollars comptants et touche chaque année un dividende de 400 millions de dollars. Jean-René Fourtou a remis sagement les clefs de ses studios à un Américain, mettant fin au rêve poursuivi par Jean-Marie Messier.

Article issu de Les Echos et
initialement publié le 28/04/05.




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