New York Section Criminelle

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28 Mars 2017
Seconde série dérivée de New York Police Judiciaire, New York Section Criminelle a entamé sa carrière sur NBC chaque dimanche soir à 21H en s'offrant le luxe de réaliser, semaine après semaine, de meilleures audiences qu'Alias ou bien encore Malcolm in the Middle.

Pour entamer cette présentation, il convient tout d'abord de rétablir une vérité : même si, pour des raisons contractuelles, le générique attribue la paternité de la série à Dick Wolf (le père de la franchise Law & Order), le grand artisan de la série est en fait le scénariste Rene Balcer.
Ancien journaliste d'investigation (il a notamment couvert la guerre du Kippour dans les années 70) et metteur en scène de documentaires, ce natif de Montréal et francophile de 50 ans est poliment crédité en tant que ""développeur" de New York Section Criminelle. C'est lui, cependant, qui a conçu la série de A à Z et l'a longtemps fait vivre au quotidien en rédigeant chaque synopsis avec un autre scénariste et, surtout, en écrivant la version finale de chaque script durant les premières saisons.

Rene Balcer est un "vétéran" de la galaxie Law & Order puisqu'il a rejoint l'équipe de Dick Wolf dès la toute première saison de la série originale (en 1990) pour rapidement s'y imposer comme l'un des auteurs les plus prolifiques avant de, tout naturellement, en devenir le showrunner (responsable des principales décisions artistiques) en 1996.

Contrairement aux séries CSI (Les Experts) qui ont montré une fâcheuse tendance à se contenter de transposer le concept de la série initiale dans différentes villes (de Las Vegas à Miami puis à New York), les séries Law & Order sont très différentes les unes des autres et disposent chacune d'une identité propre.
Dans cet univers, New York Section Criminelle se présente sans doute comme la série la plus atypique, notamment parce que ses auteurs ont sciemment fait le choix de s'affranchir du réalisme de procédure attaché à New York Police Judiciaire et, dans une moindre mesure, à sa première série dérivée - New York Unité Spéciale.

Sur le papier, New York Section Criminelle suit les enquêtes des inspecteurs du Major Case Squad (littéralement, la "brigade des affaires majeures"), authentique division de la police new-yorkaise chargée d'enquêter sur certains types d'affaires tels que les braquages ou les enlèvements.
En pratique, et de l'aveu même des producteurs, la série et ses auteurs se permettent beaucoup de liberté par rapport à ce postulat initial. Cet éloignement du ton quasi-documentaire de la franchise peut, dans un premier temps, dérouter, voire même décevoir, les fans de New York Police Judiciaire de la première heure.
C'est ainsi que, pour apprécier New York Section Criminelle à sa juste valeur, il apparaît impératif d'accepter sa dimension presque surréaliste : son personnage central, l'inspecteur Robert Goren, fait régulièrement des déductions quelque peu tirées par les cheveux et il semble évident que beaucoup (pour ne pas dire tous) des criminels appréhendés par les enquêteurs de la série ne seraient très probablement jamais condamnés, faute d'éléments à charge suffisants.
Mais, comme aime à le répéter Dick Wolf, la franchise Law & Order est bien plus qu'un style, c'est avant tout une sorte de label qualité de la série policière.
Or, force est de constater que New York Section Criminelle est une très bonne série policière, même si elle est finalement plus facilement comparable à Columbo ou à notre Maigret qu'à la série dont elle est en principe dérivée.
Comme toujours dans l'univers Law & Order, la qualité première de New York Section Criminelle réside sans aucun doute dans son écriture. Rene Balcer a su s'entourer d'une équipe de scénaristes particulièrement talentueux - ou plutôt 'talentueuses' puisque la plupart sont des femmes. Les scénarios sont tous plus génialement tordus les uns que les autres tout en parvenant toujours à conserver une cohérence stupéfiante - un exercice de style beaucoup plus difficile à réussir qu'il n'y parait.

Tel un véritable rituel, chaque épisode s'ouvre sur une succession de séquences mettant en scène les différents protagonistes impliqués dans l'affaire.
Ces teasers brumeux – qui se concluent généralement par une mort violente venant justifier l'entrée en scène des inspecteurs du Major Case Squad - se présentent comme les pièces éparpillées d'un puzzle, d'abord opaque, qui va progressivement se mettre en place au fil des quarante minutes qui vont suivre. Je dis bien "progressivement", car nous ne sommes pas ici confrontés à une série qui se moquerait de son téléspectateur en attendant les toutes dernières minutes pour lui asséner une révélation des plus improbables.
La vision d'un épisode de New York Section Criminelle est une activité ludique, car les éléments clés de l'enquête sont délivrés de manière subtile et au compte-gouttes. Les enjeux qui entourent l'affaire prennent rapidement forme et le téléspectateur n'est jamais passif devant sa petite lucarne : il en sait généralement au moins autant que les enquêteurs et, si révélation inattendue il y a, celle-ci ne s'avère jamais gratuite et s'intègre toujours de manière parfaitement cohérente à la trame de l'épisode.

Autre particularité de la série par rapport à ses deux grandes soeurs : chaque épisode est parsemé de courtes séquences au cours desquelles le téléspectateur se voit offrir la possibilité d'assister aux agissements des criminels... sans toujours en comprendre la nature.
Ce procédé diablement efficace permet aux auteurs, par petites touches successives, de développer la personnalité des différents protagonistes tout en évitant de longues scènes de commissariat au cours desquelles les inspecteurs discuteraient de la psychologie présumée des criminels poursuivis, ce qui aurait pour conséquence de déshumaniser totalement ces derniers et de ralentir considérablement le rythme de la narration.
Contrairement à ceux des deux autres séries Law & Order, les personnages de New York Section Criminelle ne sont pas interchangeables (ou tout au moins, c'est ce dont la plupart des observateurs sont convaincus durant les premières saisons).
En effet, à la manière de nombreuses séries policières suivant les enquêtes d'un inspecteur hors normes (Columbo, Monk, Touching Evil... la liste est longue), la force de la série repose en grande partie sur son personnage principal, l'inspecteur Robert Goren (Bobby pour les intimes).
Lorsqu'on lui demande quelles sont ses influences pour ce personnage, Rene Balcer évoque spontanément son ami Park Dietz, psychiatre et profiler du FBI, (qui est d'ailleurs le conseiller technique de la série mère comme de New York Section Criminelle) avant de citer quelques références littéraires recommandables parmi lesquelles Sherlock Holmes, Philip Marlowe, Maigret ou encore l'inspecteur Imanishi.

Grand gaillard d'un mètre quatre-vingt douze et véritable encyclopédie vivante (il déclare d'ailleurs que sa carte de bibliothèque est son principal outil d'investigation), Goren est un enquêteur pour le moins inhabituel. Aucun détail ne lui échappe, ses capacités de déduction sont impressionnantes et sa manière de mener les interrogatoires - souvent intense, au point d'en faire de véritables duels psychologiques - est d'une efficacité redoutable.
Tel un certain lieutenant Columbo, Goren finit toujours par transpercer la carapace de son adversaire du jour. Brillant et intuitif, il a pour faculté de cerner la personnalité de son interlocuteur et à s'y adapter instantanément afin de lui tenir le discours que celui-ci veut (ou s'attend à) entendre... et de lui faire, ainsi, baisser sa garde.

Malgré la petite touche gentiment surréaliste que nous avons évoquée plus haut, les auteurs de la série ont repris à leur compte une des formules qui a fait le succès des deux premières séries Law & Order, en s'inspirant d'affaires ripped from the headlines ("piquées aux gros titres des journaux").
C'est ainsi que de très nombreux scripts s'inspirent – de manière plus ou moins explicite – de faits divers réels d'hier et d'aujourd'hui, sans se cantonner aux seuls États-Unis. Ainsi, deux grandes affaires judiciaires françaises ont notamment servi de point départ à l'écriture d'épisodes.
Phantom s'inspire de l'histoire de Jean-Claude Romand, cet homme qui réussit à faire croire à ses proches pendant près de vingt ans qu'il était médecin et chercheur à l'OMS et est ainsi parvenu à extorquer près de 2,5 millions de francs autour de lui avant d'abattre froidement quatre de ses proches et de retourner – sans succès – l'arme contre lui lorsque la crédibilité de son mensonge commença à s'étioler.
Tomorrow transpose pour sa part les fascinantes soeurs Papin, bonnes à tout faire qui assassinèrent leurs patronnes au Mans au tout début des années 30, sous les traits de deux baby-sitters new yorkaises d'aujourd'hui !

Même si la qualité de la distribution des séries Law & Order n'est plus à démontrer, il convient tout de même de s'attarder brièvement sur cet élément qui constitue, lui aussi, une raison supplémentaire de s'intéresser à New York Section Criminelle.
De toute évidence, le personnage de Goren ne serait pas tout à fait ce qu'il est (et c'est probablement un euphémisme) s'il n'était incarné par le très impressionnant Vincent d'Onofrio.
Révélé par le premier segment de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, d'Onofrio est un acteur aux multiples facettes, capable de se glisser instantanément dans la peau de n'importe quel personnage.
Disposant d'une très grande liberté sur le tournage de la série, l'acteur a très probablement trouvé le rôle de sa vie en acceptant d'incarner Robert Goren... Peu de personnages auraient pu lui offrir d'exprimer aussi pleinement ses talents d'acteur 'caméléon'.

Souvent déjà entrevus dans les deux autres séries Law & Order (sans que cela ne pose le moindre problème), les acteurs incarnant les adversaires d'un jour de Goren sont tous étonnants, ce qui constitue clairement une autre des nombreuses qualités de la série.
On retiendra tout particulièrement l'incroyable performance d'Olivia d'Abo (également remarquée dans la scène d'ouverture d'un épisode d'Alias au cours de laquelle la jeune femme se retrouvait, en plein Berlin, une ceinture d'explosifs autour de la taille), dont le personnage (Nicole Wallace) tient la dragée haute à notre cher Bobby.
À l'automne 2004, la jeune femme est apparue pour la troisième fois dans la série à l'occasion d'un épisode (Great Barrier) qui a constitué un véritable évènement télévisuel puisque ce sont les téléspectateurs eux-mêmes qui ont eu à décider du sort du personnage (vivra, vivra pas ?). En pratique, les téléspectateurs de la côte Est ont pu découvrir une fin tandis que le reste des États-Unis s'en voyait proposer une autre. NBC, sur son site Web, offrait ensuite à tout ce petit monde la possibilité de visualiser les deux fins et de voter pour celle que chacun considérait comme la plus réussie.
La majorité des votants préféra la fin qui laissait la vie à Wallace, lui offrant ainsi la possibilité de réapparaitre dans la série. Une possibilité qui ne manquera pas d'être exploitée dans les épisodes Grow (Ouverture de la saison 5) et Frame (Clôture de la saison 7).

La saison 5 marque un tournant majeur pour New York Section Criminelle puisque à la suite d'un gros coup de fatigue de Vincent d'Onofrio (qui perd connaissance lors d'un tournage avant d'être brièvement hospitalisé), le comédien décide de lever le pied. Un nouveau duo de détective emmené par Chris Noth (qui reprend le rôle de Mike Logan qu'il tenait au début des années 90 dans New York Police Judiciaire) fait son apparition et mène ainsi l'enquête dans la moitié des épisodes prouvant ainsi que la série peut exister sans le personnage de Goren (ce qui était loin de couler de source).
Au terme de cette cinquième saison, c'est Rene Balcer qui se retire, Warren Leight, un des auteurs de la série, lui succédant.

La série vit des heures difficiles sur NBC et passe tout près de l'annulation à la fin de sa sixième saison et c'est même un quasi miracle qui se produit lorsque la série est reprise par USA Network, une chaîne du câble affiliée au groupe NBC Universal.
Malgré un budget revu à la baisse, la seule différence visible - ou plutôt audible - pour le téléspectateur est le changement de la musique du générique qui reprend étrangement le thème utilisé dans le générique d'une autre série Law & Order : New York Cour de Justice.
La série s'impose comme un gros succès pour la chaîne cablée jusqu'à ce qu'elle soit frappée par un nouveau cataclysme en tout début de saison 9, le duo Goren et Eames quitte la série laissant une paire de détectives emmenée par Jeff Goldblum (arrivé un an plus tôt à la place de Chris Noth) seule maître à bord.
Au terme de cette saison 9, l'avenir de la série est une nouvelle fois très incertain mais la production parvient à convaincre le duo emblématique de la série (Vincent d'Onofrio et Kathryn Erbe) de reprendre du service pour une ultime saison finalement diffusée aux Etats-Unis au printemps 2011.

Cet article est une version remaniée et mise à jour du texte que j'ai écrit en 2004 pour le livre "Les Miroirs obscurs" (dirigé par Martin Winckler).


Rubriques connexes:
Le prégénérique du pilote de la série
Bande annonce de la série
Interview exclusive de René Balcer
Générique de la série (Vidéo)
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